- Passe-moi les bonbons.

Katow lui donna le sac. Il voulut en partager le contenu : pas de papier. Il emplit le creux de sa main, mordit à pleine bouche, et sortit.

- Ça n'a pas dû aller t't seul, dit Katow.

Réfugié en Suisse de 1905 à 1912, date de son retour clandestin en Russie, il parlait français presque sans accent, mais en avalant un certain nombre de voyelles, comme s'il eût voulu compenser ainsi la nécessité d'articuler rigoureusement lorsqu'il parlait chinois. Presque sous la lampe maintenant, son visage était peu éclairé. Kyo préférait cela : l'expression de naïveté ironique que les petits yeux et surtout le nez en l'air (moineau pince-sans-rire, disait Hemmelrich) donnaient au visage de Katow, était d'autant plus vive qu'elle s'opposait davantage à ses propres traits, et le gênait souvent.

- Finissons, dit-il. Tu as les disques, Lou ?

Lou-You-Shuen, tout sourire et comme prêt à mille respectueux petits coups d'échine, disposa sur deux phonos les deux disques examinés par Katow. Il fallait les mettre en mouvement en même temps.

- Un, deux, trois, compta Kyo.

Le sifflet du premier disque couvrit le second : soudain s'arrêta - on entendit : envoyer - puis reprit. Encore un mot : trente. Sifflet de nouveau. Puis : hommes. Sifflet.

« Parfait », dit Kyo. Il arrêta le mouvement, et remit en marche le premier disque, seul : sifflet, silence, sifflet. Stop. Bon. Étiquette des disques de rebut.

Au second : Troisième leçon. Courir, marcher, aller, venir, envoyer, recevoir. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, vingt, trente, quarante, cinquante, soixante, cent. J'ai vu courir dix hommes. Vingt femmes sont ici. Trente...



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