Ces faux disques pour l'enseignement des langues étaient excellents ; l'étiquette, imitée à merveille. Kyo était pourtant inquiet :

- Mon enregistrement était mauvais ?

- Très bon, parfait.

Lou s'épanouissait en sourire, Hemmelrich semblait indifférent. À l'étage supérieur, un enfant cria de douleur.

Kyo ne comprenait plus :

- Alors, pourquoi l'a-t-on changé ?

- On ne l'a pas changé, dit Lou. C'est lui-même. Il est rare que l'on reconnaisse sa propre voix, voyez-vous, lorsqu'on l'entend pour la première fois.

- Le phono déforme ?

- Ce n'est pas cela, car chacun reconnaît sans peine la voix des autres. Mais on n'a pas l'habitude, voyez-vous, de s'entendre soi-même...

Lou était plein de la joie chinoise d'expliquer une chose à un esprit distingué qui l'ignore.

« Il en est de même dans notre langue... »

- Bon. On doit toujours venir chercher les disques cette nuit ?

- Les bateaux partiront demain au lever du soleil pour Han-Kéou...

Les disques-sifflets étaient expédiés par un bateau ; les disques-textes, par un autre. Ceux-ci étaient français ou anglais, suivant que la mission de la région était catholique ou protestante.

« Au jour », pensait Kyo. « Que de choses avant le jour... » Il se leva :

- Il faut des volontaires, pour les armes. Et quelques Européens, si possible.

Hemmelrich s'approcha de lui. L'enfant, là-haut, cria de nouveau.

- Il te répond, le gosse, dit Hemmelrich. Ça te suffit ? Qu'est-ce que tu foutrais, toi, avec le gosse qui va crever et la femme qui gémit là-haut - pas trop fort, pour ne pas nous déranger...

La voix presque haineuse était bien celle de ce visage au nez cassé, aux yeux enfoncés que la lumière verticale remplaçait par deux taches noires.

- Chacun son travail, répondit Kyo. Les disques aussi sont nécessaires... Katow et moi, ça ira. Passons chercher des types (nous saurons en passant si nous attaquons demain ou non) et je...



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