- Ils peuvent dégotter le cadavre à l'hôtel, vois-tu bien, dit Katow.

- Pas avant l'aube. Tchen a fermé à clef. Il n'y a pas de rondes.

- L'interm'diaire avait p't-être pris un rend'-vous ?

- À cette heure-ci ? Peu probable. Quoi qu'il arrive, l'essentiel est de faire changer l'ancrage du bateau : comme ça, s'ils essaient de l'atteindre, ils perdront au moins trois heures avant de le trouver. Il est à la limite du port.

- Où veux-tu le faire passer ?

- Dans le port même. Pas à quai naturellement. Il y a des centaines de vapeurs. Trois heures perdues au moins. Au moins.

- Le cap'taine se méfiera...

Le visage de Katow n'exprimait presque jamais ses sentiments : la gaieté ironique y demeurait. Seul, en cet instant, le ton de la voix traduisait son inquiétude - d'autant plus fortement.

- Je connais un spécialiste des affaires d'armes, dit Kyo. Avec lui, le capitaine aura confiance. Nous n'avons pas beaucoup d'argent, mais nous pouvons payer une commission... Je pense que nous sommes d'accord : nous nous servons du papier pour monter à bord, et nous nous arrangeons après ?

Katow haussa les épaules, comme devant l'évidence. Il passa sa vareuse, dont il ne boutonnait jamais le col, tendit à Kyo le veston de sport accroché à une chaise ; tous deux serrèrent fortement la main d'Hemmelrich. La pitié n'eût fait que l'humilier davantage. Ils sortirent.

Ils abandonnèrent aussitôt l'avenue, entrèrent dans la ville chinoise.

Des nuages très bas lourdement massés, arrachés par places, ne laissaient plus paraître les dernières étoiles que dans la profondeur de leurs déchirures. Cette vie des nuages animait l'obscurité, tantôt plus légère et tantôt intense, comme si d'immenses ombres fussent venues parfois approfondir la nuit. Katow et Kyo portaient des chaussures de sport à semelles de crêpe, et n'entendaient leurs pas que lorsqu'ils glissaient sur la boue ; du côté des concessions - l'ennemi - une lueur bordait les toits.



13 из 281