- En talapoins, chère amie ! On les habillera en ta-la-poins !

La voix bouffonnante, inspirée de Polichinelle, semblait venir d'une colonne. Nasillarde mais amère, elle n'évoquait pas mal l'esprit du lieu, isolée dans un silence plein du cliquetis des verres au-dessus du clergyman ahuri : l'homme que Kyo cherchait était présent.

Il le découvrit, dès qu'il eut contourné la colonne au fond de la salle où, sur quelques rangs de profondeur, étaient disposées les tables que n'occupaient pas les danseuses. Au-dessus d'un pêle-mêle de dos et de gorges dans un tas de chiffons soyeux, un Polichinelle maigre et sans bosse, mais qui ressemblait à sa voix, tenait un discours bouffon à une Russe et à une métisse philippine assises à sa table. Debout, les coudes au corps, gesticulant des mains, il parlait avec tous les muscles de son visage en coupe-vent, gêné par le carré de soie noire, style Pied-Nickelé, qui protégeait son œil droit meurtri sans doute. De quelque façon qu'il fût habillé - il portait un smoking, ce soir - le baron de Clappique avait l'air déguisé. Kyo était décidé à ne pas l'aborder là, à attendre qu'il sortît :

- Parfaitement, chère amie, parfaitement ! Chang-Kaï-Shek entrera ici avec ses révolutionnaires et criera - en style classique, vous dis-je, clas-sique ! ainsi que lorsqu'il prend des villes : « Qu'on m'habille en talapoins ces négociants, en léopards ces militaires (comme lorsqu'ils s'asseyent sur des bancs fraîchement peints) ! Semblables au dernier prince de la dynastie Leang, parfaitement mon bon, montons sur les jonques impériales, contemplons nos sujets vêtus, pour nous distraire, chacun de la couleur de sa profession, bleu, rouge, vert, avec des nattes et des pompons ; pas un mot chère amie, pas un mot vous dis-je !

Et confidentiel :

« La seule musique permise sera celle du chapeau chinois.

- Et vous, que ferez-vous là-dedans ?



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