
- Mon bon, il y en a que je connais mieux, mais enfin je le connais.
- Il pourrait se méfier (plus encore, d'ailleurs, en aval où il est). Le gouvernement peut faire saisir les armes au lieu de payer, non ?
- Point !
Encore Polichinelle. Mais Kyo attendait la suite : de quoi le capitaine disposait-il, pour empêcher les siens (et non ceux du gouvernement) de s'emparer des armes ? Clappique continua d'une voix plus sourde :
- Ces objets sont envoyés par un fournisseur régulier. Je le connais.
Ironique :
- C'est un traître...
Voix singulière dans l'obscurité, quand ne la soutenait plus aucune expression du visage. Elle monta, comme s'il eût commandé un cocktail :
« Un véritable traître, trrès sec ! Car tout ceci passe par une légation qui... Pas un mot ! Je vais m'occuper de ça. Mais ça va d'abord me coûter un taxi sérieux : le bateau est loin... il me reste...
Il fouilla dans sa poche, en tira un seul billet, se retourna pour que l'enseigne l'éclairât.
« ... Dix dollars, mon bon ! Ça ne va pas. J'achèterai sans doute bientôt des peintures de votre oncle Kama pour Ferral, mais en attendant...
- Cinquante, ça ira ?
- C'est plus qu'il ne faut...
Kyo les lui donna.
- Vous me préviendrez chez moi dès que ce sera fini.
- Entendu.
- Dans une heure ?
- Plus tard, je pense. Mais dès que je pourrai.
Et du ton même dont la Russe avait dit : « Si seulement l'alcool ne me rendait pas malade... », presque de la même voix, comme si tous les êtres de ce lieu se fussent retrouvés au fond d'un même désespoir :
« Tout ça n'est pas drôle... »
Il s'éloigna, nez baissé, dos voûté, tête nue, les mains dans les poches du smoking, semblable à sa propre caricature.
Kyo appela un taxi et se fit conduire à la limite des concessions, à la première ruelle de la ville chinoise, où il avait donné rendez-vous à Katow.
