
- Quand même... Si ça vous fait plaisir...
- Ça me fera plus de plaisir un jour que je n'aurai pas d'argent...
Polichinelle reparut :
- Ça ne tardera pas...
Il lui réunit les mains, les embrassa plusieurs fois...
Kyo, qui avait déjà payé, le rejoignit dans le couloir vide :
- Sortons ensemble, voulez-vous ?
Clappique le regarda, le reconnut :
- Vous ici ? C't'inouï ! Mais...
Ce bêlement fut arrêté par la levée de son index :
- Vous vous débauchez, jeunom !
- Ça va !..
Ils sortaient déjà. Bien que la pluie eût cessé, l'eau était aussi présente que l'air. Ils firent quelques pas sur le sable du jardin.
- Il y a dans le port, dit Kyo, un vapeur chargé d'armes...
Clappique s'était arrêté. Kyo, ayant fait un pas de plus, dut se retourner : le visage du baron était à peine visible, mais le grand chat lumineux, enseigne du Black Cat, l'entourait comme une auréole :
- Le Shang-Tung, dit-il.
L'obscurité, et sa position - à contre-lumière - lui permettaient de ne rien exprimer ; et il n'ajoutait rien.
- Il y a une proposition, reprit Kyo, à 3o dollars par revolver, du gouvernement. Il n'y a pas encore de réponse. Moi, j'ai acheteur à 35 dollars, plus 3 de commission pour vous. Livraison immédiate, dans le port. Où le capitaine voudra, mais dans le port. Qu'il quitte son ancrage tout de suite. On prendra livraison cette nuit, avec l'argent. D'accord avec son délégué : voici le contrat.
Il lui tendit le papier, alluma son briquet en le protégeant de la main.
« Il veut gratter l'autre acheteur, pensait Clappique en regardant le contrat... pièces détachées... - et toucher 5 dollars par arme. C'est clair. Je m'en fous : il y en a 3 pour moi. »
- Ça va, dit-il à voix haute. Vous me laissez le contrat, bien entendu ?
- Oui. Vous connaissez le capitaine ?
