
Et il n'avait pas encore pris le papier pour lequel il avait tué cet homme. Les vêtements étaient accrochés au pied du lit, sous la moustiquaire. Il chercha dans les poches. Mouchoir, cigarettes... Pas de portefeuille. La chambre restait la même : moustiquaire, murs blancs, rectangle net de lumière ; le meurtre ne change donc rien... Il passa la main sous l'oreiller, fermant les yeux. Il sentit le portefeuille, très petit, comme un porte-monnaie. La légèreté de la tête, à travers l'oreiller, accrut encore son angoisse, lui fit rouvrir les yeux : pas de sang sur le traversin, et l'homme semblait à peine mort. Devrait-il donc le tuer à nouveau ? mais déjà son regard rencontrait les yeux blancs, le sang sur les draps. Pour fouiller le portefeuille, il recula dans la lumière ; c'était celle d'un restaurant, plein du fracas des joueurs de mah-jong. Il trouva le document, conserva le portefeuille, traversa la chambre presque en courant, ferma à double tour, mit la clef dans sa poche. À l'extrémité du couloir de l'hôtel - il s'efforçait de ralentir sa marche - pas d'ascenseur. Sonnerait-il ? Il descendit. À l'étage inférieur, celui du dancing, du bar et des billards, une dizaine de personnes attendaient la cabine qui arrivait. Il les y suivit. « - La dancing-girl en rouge est épatante ! » lui dit en anglais son voisin, Birman ou Siamois un peu saoul. Il eut envie, à la fois, de le gifler pour le faire taire, et de l'étreindre parce qu'il était vivant.
