
Une heure du matin.
Il acheta une bouteille d'eau minérale, et appela un taxi : une voiture fermée, où il lava son bras et le banda avec un mouchoir. Les rails déserts et les flaques des averses de l'après-midi luisaient faiblement. Le ciel lumineux s'y reflétait. Sans savoir pourquoi, Tchen le regarda : qu'il en avait été plus près, tout à l'heure, lorsqu'il avait découvert les étoiles ! Il s'en éloignait à mesure que son angoisse faiblissait, qu'il retrouvait les hommes... À l'extrémité de la rue, les auto-mitrailleuses presque aussi grises que les flaques, la barre claire des baïonnettes portées par des ombres silencieuses : le poste, la fin de la concession française. Le taxi n'allait pas plus loin. Tchen montra son passeport faux d'électricien employé sur la concession. Le factionnaire regarda le papier avec indifférence (« Ce que je viens de faire ne se voit décidément pas ») et le laissa passer. Devant lui, perpendiculaire, l'avenue des Deux-Républiques, frontière de la ville chinoise.
Abandon et silence. Chargées de tous les bruits de la plus grande ville de Chine, des ondes grondantes se perdaient là comme, au fond d'un puits, des sons venus des profondeurs de la terre : tous ceux de la guerre, et les dernières secousses nerveuses d'une multitude qui ne veut pas dormir.
