
Et Chicot fit faire un écart à son cheval.
– Ainsi, dit Gorenflot, vous aussi vous m'abandonnez, monsieur Chicot. Tu quoque, Brute. Ah! ah! je n'aurais jamais cru cela de votre part.
Et le moine désespéré essaya de moduler un sanglot.
Chicot eut pitié de cet immense désespoir, qui n'en paraissait que plus terrible pour être concentré.
– Voyons, dit-il, que m'as-tu dit?
– Quand cela?
– Tout à l'heure.
– Hélas! je n'en sais rien, je suis prêt à devenir fou, j'ai la tête pleine et l'estomac vide; mettez-moi sur la voie, monsieur Chicot.
– Tu m'as parlé de voyager?
– C'est vrai, je vous ai dit que le révérend prieur m'avait invité à voyager.
– De quel côté? demanda Chicot.
– Du côté où je voudrai, répondit le moine.
– Et tu vas?
– Je n'en sais rien. Gorenflot leva ses deux mains au ciel. – À la grâce de Dieu! dit-il. Monsieur Chicot, prêtez-moi deux écus pour m'aider à faire mon voyage.
– Je fais mieux que cela, dit Chicot.
– Ah! voyons, que faites-vous?
– Moi aussi, je vous ai dit que je voyageais.
– C'est vrai, vous me l'avez dit.
– Eh bien, je vous emmène.
Gorenflot regarda le Gascon avec défiance et en homme qui n'ose pas croire à une pareille faveur.
– Mais à condition que vous serez bien sage, moyennant quoi je vous permets d'être très impie. Acceptez-vous ma proposition?
– Si je l'accepte! dit le moine; si je l'accepte!… Mais avons-nous de l'argent pour voyager?
– Tenez, dit Chicot en tirant une longue bourse gracieusement arrondie à partir du col.
Gorenflot fit un bond de joie.
– Combien? demanda-t-il.
– Cent cinquante pistoles.
