– C'est de moi qu'ils parlent, dit-il; ils me désignent, ils m'attendent; on m'a cherché cette nuit; mon absence a fait scandale; je suis perdu!


Et la tête lui tourna; une folle idée de fuir lui vint à l'esprit; mais plusieurs religieux venaient déjà à sa rencontre; on le poursuivrait indubitablement. Frère Gorenflot se rendait justice, il n'était pas taillé pour la course; il serait rejoint, garrotté, traîné au couvent; il préféra la résignation.


Il s'avança donc, l'oreille basse, vers ses compagnons, qui semblaient hésiter à venir lui parler.


– Hélas! dit Gorenflot, ils font semblant de ne plus me connaître, je suis une pierre d'achoppement.


Enfin l'un d'eux se hasarda, et, allant à Gorenflot:


– Pauvre cher frère! dit-il.


Gorenflot poussa un soupir et leva les yeux au ciel.


– Vous savez que le prieur vous attend, dit un autre.


– Ah! mon Dieu!


– Oh! mon Dieu, oui, ajouta un troisième, il a dit qu'aussitôt rentré au couvent on vous conduisît près de lui.


– Voilà ce que je craignais, dit Gorenflot. Et, plus mort que vif, il entra dans le couvent, dont la porte se referma sur lui.


– Ah! c'est vous! s'écria le frère portier, venez vite, vite, le révérend prieur Joseph Foulon vous demande.


Et le frère portier, prenant Gorenflot par la main, le conduisit ou plutôt le traîna jusque dans la chambre du prieur.


Là aussi les portes se refermèrent.


Gorenflot baissa les yeux, craignant de rencontrer le regard courroucé de l'abbé; il se sentait seul, abandonné de tout le monde, en tête-à-tête avec un supérieur qui devait être irrité, et irrité justement.


– Ah! c'est vous enfin! dit l'abbé.


– Mon révérend… balbutia le moine.



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