– Que d'inquiétudes vous nous avez données! dit le prieur.


– C'est trop de bontés, mon père, reprit Gorenflot, qui ne comprenait rien à ce ton indulgent auquel il ne s'attendait pas.


– Vous avez craint de rentrer après la scène de cette nuit, n'est-ce pas?


– J'avoue que je n'ai point osé rentrer, dit le moine, dont le front distillait une sueur glacée.


– Ah! cher frère, cher frère, dit l'abbé, c'est bien jeune et bien imprudent ce que vous avez fait là.


– Laissez-moi vous expliquer, mon père…


– Et qu'avez-vous besoin de m'expliquer? Votre sortie…


– Je n'ai pas besoin de vous expliquer, dit Gorenflot, tant mieux, car j'étais embarrassé de le faire.


– Je le comprends à merveille. Un moment d'exaltation, l'enthousiasme vous a entraîné; l'exaltation est une vertu sainte; l'enthousiasme est un sentiment sacré; mais les vertus outrées deviennent presque vices, les sentiments les plus honorables, exagérés, sont répréhensibles.


– Pardon, mon père, dit Gorenflot; mais, si vous comprenez, je ne comprends pas bien, moi. De quelle sortie parlez-vous?


– De celle que vous avez faite cette nuit.


– Hors du couvent? demanda timidement le moine.


– Non pas, dans le couvent.


– J'ai fait une sortie dans le couvent, moi?


– Oui, vous.


Gorenflot se gratta le bout du nez. Il commençait à comprendre qu'il jouait aux propos interrompus.


– Je suis aussi bon catholique que vous; mais cependant votre audace m'a épouvanté.


– Mon audace! dit Gorenflot, j'ai donc été bien audacieux?


– Plus qu'audacieux, mon fils; vous avez été téméraire.


– Hélas! il faut pardonner aux écarts d'un tempérament encore mal assoupli; je me corrigerai, mon père.


– Oui, mais, en attendant, je ne puis m'empêcher de craindre pour vous et pour nous les conséquences de cet éclat. Si la chose s'était passée entre nous, ce ne serait rien.



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