– Ouais! mon révérend père, que dites-vous là? balbutia le moine en roulant des yeux épouvantés; car, à mesure que le prieur, dont il avait d'abord admiré la mansuétude, parlait, il s'étonnait des proportions que prenait un péché, à tout prendre, très véniel.- Les archers, dites-vous, et qu'ai-je affaire aux archers, moi?


– Vous n'avez point affaire à eux; mais ils pourraient bien avoir affaire à vous.


– Mais on m'a donc dénoncé? dit frère Gorenflot.


– Je le parierais. Partez donc, partez.


– Partir! mon révérend, dit Gorenflot atterré. C'est bien aisé à dire; mais comment vivrai-je quand je serai parti?


– Eh! rien de plus facile. Vous êtes le frère quêteur du couvent; voilà vos moyens d'existence. De votre quête vous avez nourri les autres jusqu'à présent; de votre quête vous vous nourrirez. Et puis, soyez tranquille, mon Dieu! le système que vous avez développé vous fera assez de partisans en province pour que j'aie la certitude que vous ne manquerez de rien. Mais, allez, pour Dieu! allez, et surtout ne revenez pas que l'on ne vous prévienne.


Et le prieur, après avoir tendrement embrassé frère Gorenflot, le poussa doucement, mais avec une persistance qui fut couronnée de succès, à la porte de sa cellule.


Là, toute la communauté était réunie, attendant frère Gorenflot.


À peine parut-il, que chacun s'élança vers lui, et que chacun voulut lui toucher les mains, le cou, les habits. Il y en avait dont la vénération allait jusqu'à baiser le bas de sa robe.


– Adieu, disait l'un en le pressant sur son cœur; adieu, vous êtes un saint homme, ne m'oubliez point dans vos prières.



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