
– Comment! dit Gorenflot, la chose est sue dans le monde?
– Sans doute, vous saviez bien qu'il y avait là plus de cent laïques qui n'ont pas perdu un mot de votre discours.
– De mon discours? fit Gorenflot de plus en plus étonné.
– J'avoue qu'il était beau, j'avoue que les applaudissements ont dû vous enivrer, que l'assentiment unanime a pu vous monter la tête; mais, que cela en arrive au point de proposer une procession dans les rues de Paris, au point d'offrir de revêtir une cuirasse et de faire appel aux bons catholiques, le casque en tête et la pertuisane sur l'épaule, vous en conviendrez, c'est trop fort.
Gorenflot regardait le prieur avec des yeux qui passaient par toutes les expressions de l'étonnement.
– Maintenant, continua le prieur, il y a un moyen de tout concilier. Cette sève religieuse qui bout, dans votre cœur généreux vous ferait tort à Paris, où il y a tant d'yeux méchants qui vous épient. Je désire que vous alliez la dépenser…
– Où cela, mon père? demanda Gorenflot, convaincu qu'il allait faire un tour de cachot.
– En province.
– Un exil? s'écria Gorenflot.
– En restant ici, il pourrait vous arriver bien pis, très cher frère.
– Et que peut-il donc m'arriver?
– Un procès criminel, qui amènerait, selon toute probabilité, la prison éternelle, sinon la mort.
Gorenflot pâlit affreusement; il ne pouvait comprendre comment il avait encouru la prison perpétuelle et même la peine de mort pour s'être grisé dans un cabaret et avoir passé une nuit hors de son couvent.
– Tandis qu'en vous soumettant à cet exil momentané, mon très cher frère, non seulement vous échappez au danger, mais encore vous plantez le drapeau de la foi en province; ce que vous avez fait et dit cette nuit, dangereux et même impossible sous les yeux du roi et de ses mignons maudits, devient en province plus facile à exécuter. Partez donc au plus vite, frère Gorenflot; peut-être même est-il déjà trop tard, et les archers ont-ils reçu l'ordre de vous arrêter.
