Que faire en présence de la solitude? que résoudre? où courir? Le parc était grand; on pouvait, en poursuivant ceux qu'on cherchait, rencontrer ceux que l'on ne cherchait pas.


M. de Monsoreau songea que la découverte qu'il avait faite suffisait pour le moment; d'ailleurs, il se sentait lui-même sous l'empire d'un sentiment trop violent pour agir avec la prudence qu'il convenait de déployer vis-à-vis d'un rival aussi redoutable que l'était François; car il ne doutait pas que ce rival ne fût le prince. Puis, si, par hasard, ce n'était pas lui, il avait près du duc d'Anjou une mission pressée à accomplir; d'ailleurs, il verrait bien, en se retrouvant près du prince, ce qu'il devait penser de sa culpabilité ou de son innocence.


Puis, une idée sublime lui vint. C'était de franchir le mur à l'endroit même où il l'avait déjà escaladé, et d'enlever avec le sien le cheval de l'intrus surpris par lui dans le parc.


Ce projet vengeur lui donna des forces; il reprit sa course et arriva au pied du mur, haletant et couvert de sueur.


Alors, s'aidant de chaque branche, il parvint au faîte et retomba de l'autre côté; mais, de l'autre côté, plus de cheval, ou, pour mieux dire, plus de chevaux. L'idée qu'il avait eue était si bonne, qu'avant de lui venir, à lui, elle était venue à son ennemi, et que son ennemi en avait profité.


M. de Monsoreau, accablé, laissa échapper un rugissement de rage, montrant le poing à ce démon malicieux, qui, bien certainement, riait de lui dans l'ombre déjà épaisse du bois; mais, comme chez lui la volonté n'était pas facilement vaincue, il réagit contre les fatalités successives qui semblaient prendre à tâche de l'accabler: en s'orientant à l'instant même, malgré la nuit qui descendait rapidement, il réunit toutes ses forces et regagna Angers par un chemin de traverse qu'il connaissait depuis son enfance.



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