Deux heures et demie après, il arrivait à la porte de la ville, mourant de soif, de chaleur et de fatigue: mais l'exaltation de la pensée avait donné des forces au corps, et c'était toujours le même homme volontaire et violent à la fois.


D'ailleurs, une idée le soutenait: il interrogerait la sentinelle, ou plutôt les sentinelles; il irait de porte en porte; il saurait par quelle porte un homme était entré avec deux chevaux; il viderait sa bourse, il ferait des promesses d'or, et il connaîtrait le signalement de cet homme. Alors, quel qu'il fût, prochainement ou plus tard, cet homme lui payerait sa dette.


Il interrogea la sentinelle; mais la sentinelle venait d'être placée et ne savait rien. Il entra au corps de garde et s'informa: le milicien qui descendait de garde avait vu, il y avait deux heures à peu près, rentrer un cheval sans maître, qui avait repris tout seul le chemin du palais.


Il avait alors pensé qu'il était arrivé quelque accident au cavalier, et que le cheval intelligent avait regagné seul le logis.


Monsoreau se frappa le front: il était décidé qu'il ne saurait rien.


Alors il s'achemina à son tour vers le château ducal.


Là, grande vie, grand bruit, grande joie; les fenêtres resplendissaient comme des soleils, et les cuisines reluisaient comme des fours embrasés, envoyant par leurs soupiraux des parfums de venaison et de girofle capables de faire oublier à l'estomac qu'il est voisin du cœur.


Mais les grilles étaient fermées, et là une difficulté se présenta: il fallait se les faire ouvrir.


Monsoreau appela le concierge et se nomma; mais le concierge ne voulut point le reconnaître.


– Vous étiez droit, et vous êtes voûté, lui dit-il.


– C'est la fatigue.


– Vous étiez pâle, et vous êtes rouge.


– C'est la chaleur.


– Vous étiez à cheval, et vous rentrez sans cheval.



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