– C'est que mon cheval a eu peur, a fait un écart, m'a désarçonné et est rentré sans cavalier. N'avez-vous pas vu mon cheval?


– Ah! si fait, dit le concierge.


– En tout cas, allez prévenir le majordome.


Le concierge, enchanté de cette ouverture qui le déchargeait de toute responsabilité, envoya prévenir M. Remy.


M. Remy arriva, et reconnut parfaitement Monsoreau.


– Et d'où venez-vous, mon Dieu! dans un pareil état? lui demanda-t-il.


Monsoreau répéta la même fable qu'il avait déjà faite au concierge.


– En effet, dit le majordome, nous avons été fort inquiets, quand nous avons vu arriver le cheval sans cavalier; monseigneur surtout, que j'avais eu l'honneur de prévenir de votre arrivée.


– Ah! monseigneur a paru inquiet? fit Monsoreau.


– Fort inquiet.


– Et qu'a-t-il dit?


– Qu'on vous introduisît près de lui aussitôt votre arrivée.


– Bien! le temps de passer à l'écurie seulement, voir s'il n'est rien arrivé au cheval de Son Altesse.


Et Monsoreau passa à l'écurie, et reconnut, à la place où il l'avait pris, l'intelligent animal, qui mangeait en cheval qui sent le besoin de réparer ses forces.


Puis, sans même prendre le soin de changer de costume, – Monsoreau pensait que l'importance de la nouvelle qu'il apportait devait l'emporter sur l'étiquette, – sans même changer, disons-nous, le grand veneur se dirigea vers la salle à manger.


Tous les gentilshommes du prince, et Son Altesse elle-même, réunis autour d'une table magnifiquement servie et splendidement éclairée, attaquaient les pâtés de faisans, les grillades fraîches de sanglier et les entremets épicés, qu'ils arrosaient de ce vin noir de Cahors si généreux et si velouté, ou de ce perfide, suave et pétillant vin d'Anjou, dont les fumées s'extravasent dans la tête avant que les topazes qu'il distille dans le verre soient tout à fait épuisées.



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