La fête des paires

Pour D. D. SARDA,

qui fait la pige а la mère Sévigné.

Avec amitié de

SAN-A.

PREPREMIÈMIÈRE PARPARTITIE

LES VISITEURS DE TRIPOLI

Le colonel Gamel Dâr Hachid regardait l’écran de sa vidéo d’un air indécis. Il y découvrait du jamais vu : un couple de péquenots français, très folkloriques, gauches et empruntés, assis côte à côte sur une banquette dans l’attitude frileuse des grands timides.

L’homme portait un complet noir d’un autre âge avec, par-dessous, un gilet de soie à fleurettes mauves. II tenait sur l’un de ses genoux son chapeau de feutre rond orné d’un ruban moisi. Il devait tutoyer la soixantaine. L’écran étant précis, on distinguait qu’il était mal rasé dans la région du cou.

Sa compagne faisait encore plus godiche que lui dans un accoutrement composé de jupailles superposées, à plis et à rubans. Bien qu’elle eût l’âge de son mari, son corsage blanc était tellement tendu que le boutonnage décrivait une succession de « 8 » les uns au-dessus des autres. Elle avait les cheveux presque gris, le teint couperosé et, dans le regard, une imbécillité de bon aloi qui rassurait.

Le colonel Gamel Dâr Hachid abandonna l’écran pour jeter un œil sur la fiche de demande d’audience qu’avait remplie le couple. Il lut, car il parlait et écrivait parfaitement le français :

« Francis et Blanche Macheprot, cultivateurs à Fumsé-Dubailge, Eure-et-Loir.

A la rubrique « objet de la visite », ils avaient mentionné :

« Restrictivement personnel, mais c’est de la part de M. « Kader Houcel ».

Cette déclaration finale ébranlait le colonel Gamel car le dénommé Kader Houcel était un de ses agents terroristes chargé particulièrement du « front » français. Il lui devait de très remarquables attentats, perpétrés avec précision et sang-froid et qui avaient beaucoup ému l’opinion publique. Comment diable (c’était le cas de le dire) Kader Houcel pouvait-il lui adresser un tel couple ?



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