
Il se tourna vers le planton qui lui avait apporté la fiche.
— Ils sont passés au détecteur ?
— Oui, colonel ; négatif.
— Ils ont une espèce de vieux panier noir entre eux, que contient-il ?
— Du beurre, colonel !
— Du quoi ?
— Du beurre. Cinq kilos, enveloppés dans de la gaze humide et des feuilles de vigne.
— Pourquoi, ce beurre ?
— Ils comptent vous l’offrir.
— Vous l’avez sondé ?
— Sondé et passé aux rayons « X » : négatif. Il s’agit de beurre de première qualité comme en fabriquent ces salauds de Français.
— Vous leur avez demandé comment ils connaissent Kader Houcel ?
— Ils disent que c’est confidentiel.
Le colonel contempla de nouveau l’écran vidéo. Les Macheprot n’avaient pas bronché et continuaient d’attendre, côte à côte, avec chacun un coude sur le panier noir à couvercle qui les séparait. Ils possédaient la sérénité des campagnes ; une sérénité basée sur la confiance en la vie.
— Fais-les entrer, décida Gamel Dâr Hachid.
Il se leva pour dégourdir ses longues jambes ankylosées. C’était un homme athlétique, au visage sombre barré d’une énorme moustache à la Groucho Marx. Il possédait un nez fort, couvert de poils, et un minuscule tatouage étoilait sa pommette gauche.
Gamel Dâr Hachid dirigeait le centre d’entraînement terroriste de Tripoli. Ses fonctions particulières faisaient de lui une espèce de petit monarque autonome qui n’avait de comptes а rendre qu’au seul Kadhafi. Ses hommes l’avaient surnommé le colonel d’acier, tant il était intransigeant et sévère.
