Mais lui, sans se demander si c'était un coup de tête ou un coup de cœur, heureux, ordonna en riant:

– Silence dans les rangs! Exécution!

Puis, se penchant, il lui dit à l'oreille:

– Tu sais, Tania, je t'aimerai encore davantage avec ta blessure!


Son village natal, Goritsy, était presque désert. On voyait se dresser les ruines noires des isbas et les perches inutiles des puits abandonnés. Le chef du kolkhoze, au visage émacié d'un saint d'icône, les accueillit comme des proches. Ils allèrent ensemble à l'endroit où les Demidov avaient vécu avant la guerre.

– Eh bien, voilà, Ivan! Il va falloir rebâtir. Les hommes, pour le moment, il n'y en a plus que quatre, toi compris. Il y a un cheval qui vaut ce qu'il vaut. Mais c'est toujours ça. Je crois qu'avant l'automne on pourra pendre la crémaillère.

– Ce qu'il faut d'abord, Stépanytch, c'est nous marier, dit Ivan en regardant les restes patines de l'isba paternelle.

Le mariage fut célébré au soviet du kolkhoze. Tous ceux qui vivaient à Goritsy – douze personnes – étaient là. Les jeunes mariés étaient assis, un peu gauches et solennels, sous le portrait de Staline. On buvait du samogon, cette rude vodka faite au village. On criait «Gorko Quelqu 'un descend de la colline,C'est sûrement mon bien-aimé.Comme il est beau! Dans ma poitrineMon cœur s'affole, mon cœur pâmé.Il a sa vareuse kaki,Etoile rouge, galons dorés.Pourquoi au chemin de ma vieAh! pourquoi l'ai-je rencontré?

La nuit dense de l'été s'épaississait derrière les fenêtres sans rideaux. Sur la table brillaient faiblement deux lampes à pétrole. Et ceux qui étaient réunis dans cette isba perdue au cœur de la forêt chantaient, riaient; et ils pleuraient aussi, heureux pour les jeunes mariés, amers de leur vie brisée. Ivan portait sa vareuse bien lavée, avec toutes ses décorations; Tatiana, un corsage blanc. C'était le cadeau d'une grande femme au teint basané qui vivait dans les décombres d'une isba, au fond du village.



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