
– Voilà pour toi, la fiancée, avait-elle dit d'une voix rêche, c'est pour tes noces. Quand tu es arrivée, on croyait que tu étais une fille de la ville. On disait: «En voilà une qui a décroché Ivan, un beau parti, et un Héros en plus.» Puis il nous a raconté ton histoire. Va, porte-le pour être belle. Je l'ai coupé moi-même. Je savais que tu aurais de la peine, avec ta main. Ma mère avait gardé le tissu pour son enterrement. C'était tout brodé de croix sur les bords. Elle le gardait dans un petit coffre, à la cave. Quand les Allemands ont brûlé le village, ma mère a brûlé aussi. Plus besoin du drap. J'ai fouillé les cendres et dedans j'ai trouvé ce coffre, intact! Va, porte-le, ça t'ira à merveille. C'est de bon cœur…
Vers la fin du mois d'août, à côté des décombres, on vit s'élever la charpente de la nouvelle isba, répandant la senteur de résine du bois frais. Ivan commença à couvrir le toit. De la petite cabane où ils vivaient, ils déménagèrent dans le coin de l'isba qui était déjà couvert. Le soir, tombant de fatigue, ils s'allongeaient sur du foin odorant répandu sur les planches de bois clair.
Couchés dans l'obscurité, ils regardaient à travers la charpente du toit jaillir et filer dans une glissade fulgurante des étoiles de fin d'été. À travers le village, au-dessus du sol, flottait l'odeur bleue et légère d'un feu de bois dans un potager. Une souris faisait entendre dans un coin son grattement déjà familier. Le silence était à ce point intense que l'on croyait entendre les étoiles filantes effleurer le ciel. Et dans un coin, au-dessus d'une table, on entendait le tic-tac d'un vieux carillon à poids. Ivan l'avait trouvé dans les décombres, couvert de suie et de rouille, les aiguilles figées à une heure terriblement lointaine.
