A l'entour, tout devient bleu et vert.A chaque fenêtre chantent les rossignols.Il n'y a pas d'amour sans un brin de tristesse…

Ivan marchait à grands pas. Dans son vieux sac il rapportait deux pains noirs, un cornet de mil let, une douzaine d'oignons et, enveloppé dans un bout de drap, un morceau de lard. Mais le plus précieux, le litre de lait qui avait tourné depuis longtemps, il l'avait entre les mains. «Avec ça, on va nourrir le gosse, et après on verra…», pensait-il.

Au-dessus des champs flottait une chaleur sèche et épaisse, comme échappée de la gueule d'un four. Un soleil de cuivre brûlant s'enfonçait derrière la forêt, mais on ne sentait guère la fraîcheur du soir.

Il traversa le village désert, inondé de la lumière violette du soleil couchant. Il était parti depuis quatre jours. Au-dessus du soviet la radio continuait à hurler.

En franchissant le seuil, il eut le pressentiment d'un malheur. Il appela sa femme. On n'entendait que le bruissement incessant des mouches. La demi-obscurité de l'isba était traversée par un fin rayon doré. Ivan se précipita dans la chambre. Tatiana était allongée sur le lit, l'enfant dans ses bras, et paraissait dormir. Il souleva en hâte la couverture et colla son oreille sur la poitrine. Sous la rude cicatrice il entendit imperceptiblement battre le cœur. Il poussa un soupir de soulagement. «Eh bien! Je suis arrivé à temps…» Puis il toucha l'enfant. Le petit corps froid et rigide avait déjà un reflet cireux. Derrière la fenêtre la voix douce déversait avec application:

A l'entour, tout devient bleu et vert.Dans la forêt chantonne le ruisseau.Il n'y a pas d'amour sans un brin de tristesse…

Ivan bondit hors de la maison et courut vers le Soviet. Aveuglé par les larmes, il se mit à jeter des pierres dans le disque noir du haut-parleur. Il n'arrivait pas à l'atteindre. Enfin touché, le haut-parleur couina et se tut. Un silence vertigineux s'installa. Seul, quelque part au bord de la forêt, comme une mécanique, le coucou lançait son cri lancinant et plaintif.



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