
J’arrivai dans la nuit à Sirabirsk, où je devais rester vingt-quatre heures pour diverses emplettes confiées à Savéliitch. Je m’étais arrêté dans une auberge, tandis que, dès le matin, Savéliitch avait été courir les boutiques. Ennuyé de regarder par les fenêtres sur une ruelle sale, je me mis à errer par les chambres de l’auberge. J’entrai dans la pièce du billard et j’y trouvai un grand monsieur d’une quarantaine d’années, portant de longues moustaches noires, en robe de chambre, une queue à la main et une pipe à la bouche. Il jouait avec le marqueur, qui buvait un verre d’eau-de-vie s’il gagnait, et, s’il perdait, devait passer sous le billard à quatre pattes. Je me mis à les regarder jouer; plus leurs parties se prolongeaient, et plus les promenades à quatre pattes devenaient fréquentes, si bien qu’enfin le marqueur resta sous le billard. Le monsieur prononça sur lui quelques expressions énergiques, en guise d’oraison funèbre, et me proposa de jouer une partie avec lui. Je répondis que je ne savais pas jouer au billard. Cela lui parut sans doute fort étrange. Il me regarda avec une sorte de commisération. Cependant l’entretien s’établit. J’appris qu’il se nommait Ivan Ivanovitch
