Nous soupâmes. Zourine ne cessait de me verser à boire, disant toujours qu’il fallait m’habituer au service. En me levant de table, je me tenais à peine sur mes jambes. Zourine me conduisit à ma chambre.


Savéliitch arriva sur ces entrefaites. Il poussa un cri quand il aperçut les indices irrécusables de mon zèle pour le service.


«Que t’est-il arrivé? me dit-il d’une voix lamentable. Où t’es-tu rempli comme un sac? Ô mon Dieu! jamais un pareil malheur n’était encore arrivé.


– Tais-toi, vieux hibou, lui répondis-je en bégayant; je suis sûr que tu es ivre. Va dormir,… mais, avant, couche-moi.»


Le lendemain, je m’éveillai avec un grand mal de tète. Je me rappelais confusément les événements de la veille. Mes méditations furent interrompues par Savéliitch, qui entrait dans ma chambre avec une tasse de thé. «Tu commences de bonne heure à t’en donner, Piôtr Andréitch

Dans ce moment entra un petit garçon qui m’apportait un billet de la part de Zourine. Je le dépliai et lus ce qui suit:


«Cher Piôtr Andréitch, fais-moi le plaisir de m’envoyer, par mon garçon, les cent roubles que tu as perdus hier. J’ai horriblement besoin d’argent.


Ton dévoué,


«Ivan Zourine»


Il n’y avait rien à faire. Je donnai à mon visage une expression d’indifférence, et, m’adressant à Savéliitch, je lui commandai de remettre cent roubles au petit garçon.


«Comment? pourquoi? me demanda-t-il tout surpris.


– Je les lui dois, répondis-je aussi froidement que possible.


– Tu les lui dois? repartit Savéliitch, dont l’étonnement redoublait. Quand donc as-tu eu le temps de contracter une pareille dette? C’est impossible. Fais ce que tu veux, seigneur, mais je ne donnerai pas cet argent.»



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