
Son esprit chancela sous l’effort. Le visiteur poursuivit : « Je m’appelle Deuxfleurs », et il tendit la main. Instinctivement, les trois autres baissèrent les yeux pour voir si elle ne tenait pas une pièce.
« Enchanté de vous connaître, fit Rincevent. Moi, je suis Rincevent. Écoutez, je ne blaguais pas. C’est un coupe-gorge, ici.
— Parfait ! Exactement ce que je voulais !
— Hein ?
— C’est quoi, ce qu’il y a dans les chopes ?
— Ça ? De la bière. Merci, Dularge. Oui. De la bière. Vous savez. De la bière.
— Ah. La boisson typique. Une petite pièce d’or suffira à la payer, à votre avis ? Je ne veux offenser personne. »
Il l’avait déjà à moitié sortie de sa bourse.
« Aaargl, croassa Rincevent. Je veux dire, non, ça n’offensera personne.
— Bien. Un coupe-gorge, vous dites. Fréquenté, vous voulez dire, par des héros et des aventuriers ? »
Rincevent réfléchit. « Oui ? proféra-t-il.
— Excellent. Je voudrais en rencontrer. »
Tout s’expliqua dans l’esprit du mage. « Ah, fit-il. Vous venez enrôler des mercenaires (des-guerriers-qui-se-battent-pour-la-tribu-qui-a-le-plus-de-farine-de-noix-lactée) ?
— Oh, non. Je veux seulement les rencontrer. Pour pouvoir le raconter quand je rentrerai chez moi. »
Rincevent songea que si Deuxfleurs rencontrait la plupart des clients du Tambour, il ne rentrerait jamais chez lui, à moins d’habiter en aval du fleuve et d’y passer au fil du courant.
« Où c’est, chez vous ? » voulut-il savoir. Dularge s’était éclipsé dans une arrière-salle, remarqua-t-il. Colinmaille les observait d’un œil soupçonneux depuis une table voisine.
« Avez-vous entendu parler de la ville de Bès Pélargic ?
— Ben, je ne suis pas resté longtemps en Trob. Je n’étais que de passage, vous voyez…
