
Le Patricien cala ses mentons dans une main couverte de bagues et posa sur le mage des yeux petits et durs comme des perles.
« Voyons, dit-il. Parjure, vol d’un cheval, mise en circulation de fausse monnaie… Oui, j’ai l’impression que pour toi, c’est l’Arène, Rincevent. »
C’en était trop.
« Je n’ai pas volé le cheval ! Je l’ai acheté honnêtement !
— Mais avec de la fausse monnaie. Ce qui revient à du vol, tu vois.
— Mais ces rhinus, c’est de l’or massif !
— Des rhinus ? » Le Patricien en manipula un de ses doigts épais. « C’est ainsi qu’on les nomme ? Très intéressant. Mais, comme tu l’as fait remarquer, ils ne ressemblent pas vraiment à nos piastres…
— Ben, évidemment, ce n’en…
— Ah, tu le reconnais, alors…»
Rincevent ouvrit la bouche pour parler, se ravisa et la referma.
« Exactement. Et pour couronner le tout n’oublions pas l’opprobre moral que jette ton lâche abus de confiance envers un étranger en visite sur nos côtes. Quelle honte, Rincevent ! »
Le Patricien fit un vague geste de la main. Les gardes derrière Rincevent reculèrent, et leur capitaine s’écarta de quelques pas sur la droite. Rincevent se sentit soudain très seul.
On raconte qu’à l’instant de la mort d’un mage, la Mort vient le réclamer en personne (au lieu de confier la tâche à un subalterne tel que la Pestilence ou la Famine comme c’est souvent le cas). Rincevent chercha nerveusement du regard autour de lui une grande silhouette en noir (les mages, même les mages ratés, possèdent dans leurs rétines, en plus des cônes et des bâtonnets, les tout petits octogones qui leur permettent de voir dans l’extrême octarine, la couleur fondamentale dont toutes les autres ne sont que des ombres pâlichonnes affectant l’espace normal à quatre dimensions ; on prétend qu’il s’agit d’une espèce de violet jaune-vert fluorescent).
