
Le mage regarda alors les six grosses pièces dans sa main. Deuxfleurs avait insisté pour lui payer ses quatre premiers jours de gages d’avance.
Colinmaille hocha la tête et lui fit un sourire encourageant. Rincevent gronda en lui montrant les dents.
Étudiant, Rincevent n’avait jamais eu de bonnes notes en préconnaissance, mais aujourd’hui des circuits dont il ne s’était jamais servi palpitaient dans son cerveau, et l’avenir lui apparaissait comme gravé en couleurs vives sur ses prunelles. L’espace entre ses omoplates se mit à le démanger. Le plus sage, il le savait, c’était d’acheter un cheval. Un cheval rapide ; et cher – à première vue, il ne connaissait pas de marchand de chevaux assez riche pour lui rendre la monnaie sur presque une once d’or.
Ensuite, évidemment, les cinq pièces restantes lui permettraient d’ouvrir un cabinet rentable à une distance raisonnable, disons trois cents kilomètres. Voilà ce qui serait le plus sage.
Mais qu’adviendrait-il de Deuxfleurs, tout seul dans une ville où même les cafards avaient un instinct infaillible pour l’or ? Faudrait être une vraie canaille pour l’abandonner.
* * *
Le Patricien d’Ankh-Morpork sourit, mais des lèvres seulement.
« La porte d’Axe, vous dites ? » murmura-t-il.
Le capitaine des gardes salua vivement. « Oui, monseigneur. Nous avons dû abattre son cheval pour l’arrêter.
— Ce qui t’amène tout droit ici, fit le Patricien en baissant les yeux sur Rincevent. Et qu’as-tu à dire pour ta défense ? »
Selon la rumeur, une aile entière du palais du Patricien était dévolue à des clercs qui passaient leur temps à collationner et mettre à jour tous les renseignements recueillis par le réseau d’espions merveilleusement organisé de leur maître. Rincevent n’en doutait pas. Il jeta un coup d’œil du côté du balcon qui longeait un des murs de la salle d’audience. Un petit sprint, un bond agile… une pluie soudaine de carreaux d’arbalète. Il frissonna.
