
Rincevent atteignit l’escalier en suçant sa main meurtrie et en courant curieusement penché en avant. Un carreau d’arbalète se ficha dans la rampe au-dessus de lui, et il laissa échapper un gémissement.
Il grimpa l’escalier d’une traite sans respirer, s’attendant à tout moment à un autre tir mieux ajusté.
Dans le couloir à l’étage il se redressa, le souffle court, et vit le plancher devant lui jonché de cadavres. Un grand type à la barbe noire, une épée ensanglantée à la main, essayait une poignée de porte.
« Hé ! » s’écria Rincevent. L’homme regarda autour de lui, puis, presque distraitement, tira un court couteau de jet de sa bandoulière et le lança. Rincevent se baissa. Un cri bref s’éleva dans son dos lorsque l’arbalétrier qui mettait en joue lâcha son arme et s’agrippa la gorge.
Le grand barbu avançait déjà la main vers un autre couteau. Rincevent regarda autour de lui d’un air affolé puis, dans une improvisation hallucinée, il se releva pour prendre une pose de mage.
Il rejeta la main en arrière. « Asoniti ! Kyorucha ! Bizelbor ! »
L’homme hésita, cilla nerveusement des yeux à droite et à gauche dans l’attente du phénomène magique. Il conclut qu’il n’y en aurait pas au moment où Rincevent, fonçant en vrombissant dans le couloir, lui flanquait un méchant coup de pied dans l’aine.
Tandis que le barbu hurlait et s’empoignait l’entrejambe, le mage ouvrit la porte d’une traction, bondit à l’intérieur, referma le battant derrière lui et s’y adossa, hors d’haleine.
Tout était calme dans la chambre. Deuxfleurs dormait paisiblement sur le lit bas. Et au pied du lit reposait le Bagage.
Rincevent s’avança de quelques pas ; la cupidité le poussait aussi facilement que s’il était monté sur roulettes.
