Le coffre était ouvert. Il contenait des sacs, et dans l’un d’eux le mage vit briller de l’or. L’espace d’un instant, l’avidité l’emporta sur la prudence, et il tendit doucement la main… Mais à quoi bon ? Il ne vivrait jamais assez longtemps pour en profiter. À contrecœur, il ramena la main et fut surpris de voir un léger frémissement parcourir le couvercle ouvert du coffre. N’avait-il pas imperceptiblement bougé, comme agité par le vent ?

Rincevent regarda ses doigts, puis le couvercle. Il paraissait lourd et il était cerclé de bandages de cuivre. Parfaitement immobile à présent.

Quel vent ?

« Rincevent ! »

Deuxfleurs sauta du lit. Le mage fit un bond en arrière, un sourire forcé sur la figure.

« Mon vieux, pile à l’heure ! Nous allons déjeuner, et ensuite, je suis sûr que vous avez prévu un programme du tonnerre pour cet après-midi !

— Euh…

— Formidable ! »

Rincevent prit une profonde inspiration. « Écoutez, dit-il au désespoir, allons manger ailleurs. Ça se cogne un peu en bas.

— Une bagarre de taverne ! Pourquoi vous ne m’avez pas réveillé ?

— Ben, vous voyez, je… Quoi ?

— Je croyais m’être fait bien comprendre ce matin, Rincevent. Je veux connaître la vraie vie morporkienne : le marché aux esclaves, la fosse aux Catins, le temple des Petits Dieux, la Guilde des Mendiants… et une vraie bagarre de taverne. » L’ombre d’un doute passa dans la voix de Deuxfleurs. « Vous en avez bien, non ? Vous savez, des gens qui se balancent aux lustres, des duels à l’épée sur les tables, le genre d’histoires dans lesquelles se fourrent toujours Hrun le Barbare et la Fouine. Vous savez… de l’action. »

Rincevent s’assit lourdement sur le lit.

« Vous tenez vraiment à voir une bagarre ? demanda-t-il.

— Oui. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ?

— Pour commencer, on risque de se faire blesser.



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