
— Oh, je ne parlais pas d’y participer nous-mêmes. Je veux seulement en voir une, c’est tout. Et certains de vos célèbres héros. Vous en avez, non ? Ce ne sont pas que des fables de marins ? » Voilà qu’au grand étonnement du mage, Deuxfleurs l’implorait presque.
« Oh, ouais. Pour ça, on en a », s’empressa de répondre Rincevent. Il se les imagina mentalement et recula devant cette simple évocation.
Tous les héros de la mer Circulaire franchissaient un jour ou l’autre les portes d’Ankh-Morpork. La plupart venaient des tribus barbares voisines du Moyeu glacé, région plus ou moins spécialisée dans l’exportation de héros. Presque tous possédaient des épées magiques grossières dont les harmoniques non étouffées affectaient le plan astral et fichaient la pagaille à des kilomètres à la ronde dans les expériences délicates de sorcellerie appliquée, mais Rincevent n’avait rien à redire de ce côté-là. Il savait bien qu’il était un marginal question magie, il ne voyait donc aucun inconvénient à ce que la seule apparition d’un héros aux portes de la ville suffise à faire exploser les cornues et à matérialiser des démons dans tout le quartier des Magiciens. Non, ce qu’il n’aimait pas chez les héros, c’était leur morosité suicidaire à jeun et leur folie homicide en état d’ébriété. Et puis il y en avait trop. Certains des plus célèbres terrains de basses quêtes héroïques, aux alentours de la cité, étaient littéralement envahis en pleine saison. On parlait d’instaurer un système de roulement par équipes.
Rincevent se frotta le nez. Les seuls héros qu’il appréciait, c’étaient Bravd et la Fouine, momentanément absents de la ville, et Hrun le Barbare, quasiment un intellectuel selon les normes axlandaises vu qu’il pouvait réfléchir sans remuer les lèvres. On disait que Hrun courait l’aventure quelque part dans le sens direct.
« Écoutez, dit-il enfin. Avez-vous déjà vu un barbare ? »
Deuxfleurs fit non de la tête.
« C’est ce que je craignais, reprit Rincevent. Eh bien, ce sont…»
