
Au temple de Sek-aux-Sept-Mains, des prêtres et des artisans de la transplantation cardiaque rituelle convoqués à la hâte convinrent que la statue du dieu, haute de cent empans, était bien trop sacrée pour qu’on en fasse une image magique, mais une indemnisation de deux rhinus les poussa à reconnaître, à leur grande stupeur, qu’elle ne l’était peut-être pas tant que ça.
Une séance prolongée à la fosse aux Catins procura une série d’images colorées et instructives, et Rincevent en cacha un certain nombre sur lui afin de les examiner de près en privé. Comme les vapeurs d’alcool de son cerveau se dissipaient, il se mit à réfléchir sérieusement au fonctionnement de l’iconographe.
Même un mage raté sait que certaines substances sont sensibles à la lumière. Peut-être les plaques de verre étaient-elles traitées selon un quelconque procédé occulte qui figeait la lumière passant au travers ? Un truc dans ce goût-là, en tout cas. Rincevent se disait souvent qu’il existait quelque chose, quelque part, plus efficace que la magie. Il était en général déçu.
Quoi qu’il en soit, il saisit bientôt toutes les occasions de se servir de la boîte. Deuxfleurs n’était que trop content de le laisser faire, puisqu’il avait ainsi la possibilité d’apparaître sur ses propres images. C’est alors que Rincevent remarqua un détail étrange. La possession de la boîte donnait une espèce de puissance à son opérateur : quiconque se trouvait face à l’hypnotique œil de verre obéissait docilement aux ordres les plus péremptoires sur l’attitude et l’expression qu’il fallait prendre.
