Dularge jaillit de son abri, la figure convulsée de rage.

« Dehors ! hurla-t-il. Faites-moi sortir ces trolls ! »

Personne ne bougea. Le silence tomba soudain dans la salle. Dularge lança un regard rapide autour de lui. Il prit peu à peu conscience de ce qu’il venait de dire, et à qui. Un gémissement s’échappa de ses lèvres, ravi de prendre la clé des champs.

L’aubergiste atteignit la porte de la cave au moment même où un troll, d’un petit mouvement vif et négligent de sa main comme un jambon, lançait sa hache qui tournoya à travers la taverne. Le claquement de la porte et le bruit du battant qui se fendit dans la foulée se confondirent.

« Bordel de merde ! s’exclama Zlorf Pied-de-Flanelle.

— Qu’est-ce que vous voulez ? demanda Ymor.

— Je suis ici au nom de la Guilde des Marchands et Négociants, répondit Rerpf d’un ton uni. Pour protéger nos intérêts, pourrait-on dire. Je veux parler du petit homme. »

Ymor fronça les sourcils.

« Je regrette, fit-il. J’ai cru vous entendre mentionner la Guilde des Marchands ?

— Et des Négociants », convint Rerpf. Dans son dos à présent, en plus d’autres trolls se pressaient plusieurs humains qu’Ymor reconnaissait vaguement. Il les avait sans doute vus derrière des comptoirs et des étalages. Des silhouettes floues, en général – vite ignorées, vite oubliées. Au fond de son esprit, une mauvaise impression se mit à grandir. Il songea à ce que devait ressentir, disons, un renard face à un mouton en colère. Un mouton, de surcroît, qui avait les moyens d’employer des loups.

« Puis-je vous demander depuis quand cette… Guilde existe ? fit-il.



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