Rincevent en convint, l’air maussade. Il essaya d’expliquer que la magie avait autrefois existé sous une forme plus sauvage et anarchique, mais que, dans la nuit des temps, les Anciens l’avaient domestiquée et soumise, entre autres choses, à la loi de la Conservation de la Réalité ; laquelle loi exigeait que l’effort nécessaire pour obtenir un résultat reste le même quels que soient les moyens mis en œuvre. Ce qui signifiait, en termes concrets, qu’il était relativement facile de créer l’illusion, disons, d’un verre de vin, puisqu’il suffisait de modifier subtilement les jeux de la lumière. D’un autre côté, soulever un véritable verre de vin d’un mètre ou deux dans les airs par la seule énergie mentale requérait plusieurs heures de préparation méthodique si le mage voulait éviter que le simple principe du levier ne lui expulse la cervelle par les oreilles.

Il poursuivit en ajoutant qu’on trouvait encore la magie ancienne à l’état brut, reconnaissable – pour un œil initié – à la trace octuple qu’elle laissait dans la structure cristalline de l’espace-temps. Il y avait par exemple un métal, l’octefer, et un gaz, l’octigène. Tous deux émettaient quantité de radiations dangereuses d’enchantement brut.

« Tout ça, c’est très déprimant, conclut-il.

— Déprimant ? »

Rincevent se retourna sur sa selle et lança un coup d’œil au Bagage de Deuxfleurs, qui suivait présentement d’un pas tranquille sur ses petites jambes et claquait de temps en temps du couvercle pour attraper des papillons. Le mage soupira.

« Rincevent pense qu’il devrait pouvoir domestiquer la foudre », dit le diablotin imagier qui observait la scène depuis le seuil de la toute petite porte de la boîte pendue au cou de Deuxfleurs. Il avait passé la matinée à peindre des paysages pittoresques et des décors désuets pour son maître qui lui avait accordé une pause pour fumer une pipe.



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