Il n’y eut plus de bruit du tout.

Lefèvre leva tout doucement le bras, sans bouger la tête, et toucha la lame de la hache. Elle ne se trouvait plus sur l’outil. Elle s’était enfoncée dans la porte près de son crâne et lui avait enlevé un minuscule copeau d’oreille.

Mémé, debout, l’air légèrement sonnée d’avoir frappé un objet parfaitement inébranlable, fixa le morceau de bois dans ses mains.

« Ddd’accccorrrd, bégaya-t-elle. Sssiii c’eeest cccooommme çççaaaa…

— Non, fit Lefèvre avec autorité en se frottant l’oreille. Je sais pas à quoi tu penses, mais non. Laisse tomber. Je vais entasser des bricoles autour. Personne y fera attention. Laisse tomber. C’est rien qu’un bout de bois.

— Rien qu’un bout de bois ?

— T’as une meilleure idée ? Une idée qui m’arrachera pas la tête ? »

Elle jeta un regard mauvais au bourdon qui ne parut pas tiquer.

« Pas pour l’instant, reconnut-elle. Mais donne-moi un peu de temps…

— D’accord, d’accord. De toutes façons, j’ai à faire, des mages à enterrer, tu sais ce que c’est…»

Lefèvre prit une pelle près de la porte du fond, hésita.

« Mémé.

— Quoi ?

— Tu sais comment les mages aiment se faire enterrer ?

— Oui !

— Comment, alors ? »

Mémé Ciredutemps marqua une pause au pied de l’escalier.

« À contrecœur. »

Plus tard, la nuit tomba doucement à mesure que les dernières ondes de la lumière lente du monde s’écoulaient de la vallée et qu’une lune pâle, délavée par la pluie, brillait dans une nuit cloutée d’étoiles. Et de l’ombre d’un verger derrière la forge s’échappait de temps à autre un tintement de pelle ou un juron étouffé.

Dans un berceau à l’étage, le premier mage féminin du monde rêvait à pas grand-chose.

Le chat blanc somnolait à sa place attitrée près du brasier de la forge. Les seuls bruits dans la chaude obscurité de l’atelier, c’étaient les crépitements des morceaux de charbon qui se tassaient sous la cendre.



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