Lefèvre acquiesça à contrecœur, s’approcha de la forge et actionna le soufflet jusqu’à ce que les étincelles se mettent à voler. Il revint près du bourdon.

Il ne voulait pas bouger.

« Il veut pas bouger ! »

La sueur lui perlait au front tandis qu’il tirait sur le morceau de bois qui, peu coopératif, restait immobile.

« Attends, laisse-moi essayer », dit Mémé, et elle avança la main par-devant lui. Il y eut un claquement et une odeur de fer-blanc chauffé.

Lefèvre traversa la forge à la course, pleurnichant à moitié, jusqu’au mur d’en face contre lequel Mémé avait atterri cul par-dessus tête.

« Ça va ? »

Elle ouvrit deux yeux comme des diamants furieux et annonça : « Je vois. C’est comme ça, hein ?

— Comme ça, quoi ? fit Lefèvre, complètement ahuri.

— Aide-moi à me relever, espèce d’imbécile. Et va me chercher un hachoir. »

Le ton de sa voix laissait entendre que ce serait une bonne idée de ne pas désobéir. Lefèvre fourragea désespérément dans le bric-à-brac à l’arrière de la forge et finit par trouver une vieille hache à double tranchant.

« Bien. Maintenant, enlève ton tablier.

— Pourquoi ? Qu’est-ce que tu veux faire ? » voulut savoir le forgeron qui commençait à perdre prise sur les événements. Mémé poussa un soupir excédé.

« C’est du cuir, crétin. Je vais envelopper le manche dedans. Il me fera pas le même coup deux fois ! »

Lefèvre retira à grand-peine le lourd tablier de cuir et le lui tendit avec d’infinies précautions. Elle l’enroula autour du manche et porta un ou deux coups dans le vide. Puis, l’air d’une araignée dans la lueur de la fournaise quasi incandescente, elle traversa l’atelier à grands pas et, dans un grognement de triomphe et d’effort, abattit la lourde lame en plein milieu du bourdon.

Il y eut un petit bruit sec. Il y eut comme un bruit de perdrix. Il y eut un bruit sourd.



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