
Le forgeron regarda au plafond. Par-dessus le crépitement de la pluie il perçut les braillements d’une paire de poumons tout neufs à plein régime de forage.
Le mage sourit. « Faites-le descendre », dit-il.
Le chat se redressa sur son derrière et regarda d’un air intéressé la grande porte de la forge. Alors que le forgeron lançait des appels excités vers le haut de l’escalier, l’animal bondit à terre et traversa l’atelier à pas lents et feutrés, en ronronnant comme une scie à ruban.
Une grande femme aux cheveux blancs apparut au bas des marches, qui serrait un paquet dans une couverture. Le forgeron la poussa vivement jusqu’au mage assis sur son tabouret.
« Mais…» commença-t-elle.
— C’est très important, dit le forgeron d’un air d’importance. On fait quoi, maintenant, m’sieur ? »
Le mage leva son bourdon. Le bâton était aussi grand qu’un homme et presque aussi épais que le poignet de son propriétaire, couvert de sculptures qui donnaient l’impression de se transformer sous l’œil de l’artisan, comme si elles ne voulaient pas qu’il surprenne ce qu’elles représentaient.
« L’enfant doit le tenir », dit Tambour Billette. Le forgeron approuva de la tête et farfouilla dans la couverture jusqu’à ce qu’il déniche une petite main rose. Il la guida doucement vers le fût de bois. Elle s’en saisit fermement.
« Mais… répéta la sage-femme.
— Tout va bien, Mémé, je sais ce que j’fais. C’est une sorcière, m’sieur, faites pas attention. Bon, reprit le forgeron, et maintenant ? »
Le mage restait silencieux.
« Qu’est-ce qu’on fait, m’s…» commença l’artisan qui s’arrêta. Il se pencha pour regarder le visage du vieux mage. Billette souriait, mais personne n’aurait su dire à quelle blague.
Le forgeron repoussa le bébé dans les bras de la sage-femme surexcitée. Puis, aussi respectueusement que possible, il força les doigts pâles et menus à lâcher le bourdon.
