— Vous comprenez vite », remarqua Billette. Le chat blanc bondit de son perchoir, s’approcha nonchalamment du visiteur et lui sauta sur les genoux. Les doigts fins du mage le caressèrent machinalement.

« Bien, bien, répéta l’artisan. Un mage à Trou-d’Ucques, hein ?

— Peut-être, peut-être, dit Billette. Évidemment, il lui faudra d’abord aller à l’Université. Il peut faire de brillantes études, bien entendu. »

Le forgeron considéra l’idée sous tous les angles et conclut qu’elle lui plaisait beaucoup. Une pensée lui vint soudain.

« Attendez, fit-il. J’essaye de retrouver ce que disait mon père. Un mage qui sait qu’il va mourir peut comme qui dirait transmettre son art comme qui dirait magique à comme qui dirait un successeur, c’est ça ?

— Je ne l’ai jamais entendu exprimé aussi succinctement, oui, fit le mage.

— Alors vous allez comme qui dirait mourir ?

— Oh, oui. » Le chat ronronna sous les doigts qui le chatouillaient derrière l’oreille.

Le forgeron eut l’air embarrassé. « Quand ? »

Le mage réfléchit un instant. « Dans à peu près six minutes.

— Oh.

— N’ayez aucune inquiétude, fit le mage. J’attends ce moment avec impatience, à la vérité. J’ai entendu dire qu’on ne souffre pas. »

Le forgeron s’absorba dans ses pensées. « Qui vous a dit ça ? » finit-il par demander.

Le mage fit semblant de ne pas l’avoir entendu. Il surveillait le pont, cherchait des yeux une turbulence révélatrice dans la brume.

« Écoutez, fit le forgeron. Faudrait me dire comment on s’y prend pour élever un mage, vous voyez, parce qu’y en a pas, de mage, dans le pays et…

— La chose se fera d’elle-même, le coupa Billette d’une voix aimable. La magie m’a guidé jusqu’à vous, la magie s’occupera de tout. C’est d’ordinaire ce qu’elle fait. N’ai-je pas entendu crier ? »



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