— J’ai entendu dire que certaines personnes font ça tout le temps.

— ÇA DEMANDE DE L’ENTRAINEMENT. FAUT COMMENCER PETIT ET TRAVAILLER DUR. TU N’IMAGINES PAS QUELLE HORREUR C’EST D’ÊTRE UNE FOURMI.

— C’est si terrible ?

— TU NE LE CROIRAIS PAS. ET AVEC TON KARMA, UNE FOURMI, C’EST ENCORE PLUS QUE TU NE PEUX ESPÉRER. »

On avait ramené le bébé à sa mère et le forgeron, assis, inconsolable, regardait tomber la pluie.

Tambour Billette grattait le chat derrière l’oreille et songeait à sa vie. Une longue vie – c’était un des avantages du statut de mage – au cours de laquelle il avait commis beaucoup d’actions dont il ne se glorifiait pas trop. Il était temps que…

« JE N’AI PAS TOUTE LA JOURNÉE, TU SAIS », dit la Mort d’un ton de reproche.

Le mage baissa les yeux sur le chat et s’aperçut alors qu’il avait maintenant l’air drôlement bizarre.

Souvent, les vivants ne se rendent pas compte combien le monde paraît compliqué depuis l’au-delà, parce que si la mort libère l’esprit de la camisole des trois dimensions, elle le dégage aussi du Temps, qui n’est en fin de compte qu’une autre dimension. Ainsi, le chat qui se frottait contre ses jambes invisibles était sans conteste le même qu’il avait vu quelques minutes plus tôt, mais c’était aussi très nettement un tout petit chaton, un vieux gros matou à moitié aveugle et chacun des stades intermédiaires. Tous à la fois. Comme il avait commencé petit, il ressemblait à une carotte blanche en forme de chat – une description dont il faudra se contenter tant qu’on n’aura pas inventé les adjectifs quadridimensionnels adéquats.

La main squelettique de la Mort tapa doucement Billette sur l’épaule.

« PARTONS, MON FILS.

— Je ne peux rien faire ?

— LA VIE, C’EST POUR LES VIVANTS. N’IMPORTE COMMENT, TU LUI AS DONNE LE BOURDON.

— Oui. C’est vrai. »




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