
– Proposition, que je me suis permis de contester…
– Vous l’avez discutée, docteur; mais vous devrez néanmoins vous ranger à mon point de vue! Sinon j’entasserai les preuves sous votre nez jusqu’à ce que votre raison vacille et que vous vous rendiez à mes arguments… Cela dit, M. Jabez Wilson ici présent a été assez bon pour passer chez moi: il a commencé un récit qui promet d’être l’un des plus sensationnels que j’aie entendus ces derniers temps. Ne m’avez-vous pas entendu dire que les choses les plus étranges et pour ainsi dire uniques étaient très souvent mêlées non à de grands crimes, mais à de petits crimes? Et, quelquefois, là où le doute était possible si aucun crime n’avait été positivement commis? Jusqu’ici je suis incapable de préciser si l’affaire en question annonce, ou non, un crime; pourtant les circonstances sont certainement exceptionnelles. Peut-être M. Wilson aura-t-il la grande obligeance de recommencer son récit?… Je ne vous le demande pas uniquement parce que mon ami le docteur Watson n’a pas entendu le début: mais la nature particulière de cette histoire me fait désirer avoir de votre bouche un maximum de détails. En règle générale, lorsque m’est donnée une légère indication sur le cours des événements, je puis me guider ensuite par moi-même: des milliers de cas semblables me reviennent en mémoire. Mais je suis forcé de convenir en toute franchise qu’aujourd’hui je me trouve devant un cas très à part.»
Le client corpulent bomba le torse avec une fierté visible, avant de tirer de la poche intérieure de son pardessus un journal sale et chiffonné. Tandis qu’il cherchait au bas de la colonne des petites annonces, sa tête s’était inclinée en avant, et je pus le regarder attentivement: tentant d’opérer selon la manière de mon compagnon, je m’efforçai de réunir quelques remarques sur le personnage d’après sa mise et son allure.
