
Mon inspection ne me procura pas beaucoup de renseignements. Notre visiteur présentait tous les signes extérieurs d’un commerçant britannique moyen: il était obèse, il pontifiait, il avait l’esprit lent. Il portait un pantalon à carreaux qui aurait fait les délices d’un berger (gris et terriblement ample), une redingote noire pas trop propre et déboutonnée sur le devant, un gilet d’un brun douteux traversé d’une lourde chaîne cuivrée, et un carré de métal troué qui trimballait comme un pendentif. De plus, un haut-de-forme effiloché et un manteau jadis marron présentement pourvu d’un col de velours gisaient sur une chaise. En résumé, à le regarder comme je le fis, cet homme n’avait rien de remarquable, si ce n’étaient sa chevelure extra rouge et l’expression de chagrin et de mécontentement qui se lisait sur ses traits.
L’œil vif de Sherlock Holmes me surprit dans mon inspection, et il secoua la tête en souriant lorsqu’il remarqua mon regard chargé de questions.
«En dehors des faits évidents que M. Wilson a quelque temps pratiqué le travail manuel, qu’il prise, qu’il est franc-maçon, qu’il est allé en Chine, et qu’il a beaucoup écrit ces derniers temps, je ne puis déduire rien d’autre! dit Holmes.»
M. Jabez Wilson sursauta dans son fauteuil; il garda le doigt sur son journal, mais il dévisagea mon camarade avec ahurissement.
«Comment diable savez-vous tout cela, monsieur Holmes?
– Comment savez-vous, par exemple, que j’ai pratiqué le travail manuel? C’est vrai comme l’Évangile! J’ai débuté dans la vie comme charpentier à bord d’un bateau.
– Vos mains me l’ont dit, cher monsieur. Votre main droite est presque deux fois plus large que la gauche. Vous avez travaillé avec elle, et ses muscles ont pris de l’extension.
