
Il jeta un dernier coup d'œil sur l'immeuble, et c'est avec ce regard déjà insouciant et fatigué par la tension qu'il vit derrière la fenêtre obscure de leur cuisine un officier qui, de haut en bas, observait la cour.
Il lui sembla que l'escalier serait sans fin. Tour après tour, dans une course affolée, il suivait les zigzags des rampes qui se prolongeaient interminablement comme par une illusion d'optique. Dans les rues, puis dans les couloirs du métro, à la gare, il croyait s'enfoncer toujours dans la spirale glauque de la cage d'escalier, esquiver les portes qui risquaient à tout moment de s'ouvrir. Et son regard emportait la vision d'une fenêtre dans laquelle se découpait la silhouette d'un homme sanglé dans un baudrier. Il ne courait pas, il chutait.
Cette chute cessa devant les guichets. D'une boîte de bonbons, l'employée tira une petite boule rose et la mit dans sa bouche. Et tandis que ses doigts prenaient l'argent et rendaient la monnaie, ses lèvres bougeaient, pressant la sucrerie contre ses dents. Alexeï la dévisageait avec stupeur: derrière l'abattant du guichet commençait donc un monde presque magique, fait de la merveilleuse routine des bonbons, de ce bâillement souriant. Un monde d'où il venait d'être chassé.
Cette vie qui continuait tranquillement sans lui l'avait tellement frappé qu'il ne s'étonna pas de ce qui se passa à la datcha, à Bor.
