
Il pressa son front contre la vitre. Les rideaux de la chambre de ses parents semblèrent bouger. Non, rien. Il repensa au jeune homme-sanglier, à son visage renflé, à son mépris. A sa menace surtout, tout à fait fantaisiste bien sûr, mais qui souvent paraissait réalisable: ce piano et son couvercle cloué avec de gros clous de charpentier. En fait, s'il guettait à présent, devant ce vasistas couvert de toiles d'araignée, c'était à cause de ce jeune sanglier. C'est grâce à sa disparition, par une nuit de décembre, qu'il avait compris que personne n'était à l'abri. Même les vainqueurs. Même ceux qui avaient vaillamment combattu les ennemis du peuple. Même les enfants de ces combattants.
Il vit, à ce moment-là, le joueur d'échecs qui traversait la cour d'un pas tranquille. Le vieil homme agita le bras, saluant une femme qui arrosait les fleurs à sa fenêtre, puis disparut dans une entrée. Le crépuscule empêchait déjà de voir l'expression des traits. Et, comme en réponse à cette impression, la lumière colora les rideaux de la chambre de ses parents. Une ombre se dessina, très familière. Il crut reconnaître sa mère. Et même aperçut une main, sa main bien sûr, qui tirait les rideaux. «Je suis un crétin intégral et le dernier des pleutres», se dit-il en éprouvant un merveilleux dilatement dans sa poitrine.
