
Il sauta du lit, s'habilla, ferma le loquet de la porte, enjamba la fenêtre…
Au début du sentier que d'habitude il prenait avec Léra pour aller se baigner dans un étang, il hésita, tourna vers une vieille remise, derrière la maison, s'assit sur un billot, décidant d'attendre. Et n'eut pas à attendre. Du fond de la rue principale qui divisait ce lotissement de datchas en deux, parvint le bruit d'un moteur. La voiture s'arrêta. Dans le silence encore nocturne, il perçut le bruit des coups frappés à la porte, le chuchotement des voix d'hommes et plus claire, sur un ton implorant, mais cherchant à préserver sa dignité, la voix du professeur: «Camarades, vous m'avez promis… C'est un jeune homme fragile. Je vous en prie! Je suis sûr que ses parents…» Quelqu'un lui coupa la parole d'un ton énervé: «Écoutez, professeur, ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde pas! Vous parlerez quand on vous interrogera…»
Se jetant sur le sentier, Alexeï entendit le tambourinement qui venait de l'intérieur de la maison.
Bien plus tard, quand il aurait percé l'impitoyable lubie qu'a la vie de jouer aux paradoxes, il comprendrait qu'en réalité il devait son salut aux Allemands. Depuis le mois d'avril de cette année 1941, et même avant mais plus confusément, on parlait à Moscou de la menace qui viendrait de l'Ouest. Sa mère se souvenait, à ces occasions, de la famille de sa sœur qui vivait en Ukraine, dans un village reculé. Parents pauvres, pour ainsi dire, et jamais invités à Moscou. On les imaginait dans leur hameau, tout près de la frontière polonaise, exposés à la guerre de plus en plus prévisible.
