
Alexeï s'en souvint lorsque, vers six heures du matin, il atteignit, à pied, les faubourgs de Moscou. Sa tête résonnait des noms des camarades de conservatoire qui pouvaient lui venir en aide, des noms qui, considérés un à un, s'estompaient dans le doute. Il pensa alors à cette tante, en Ukraine, se rappela le projet de voyage en voiture, se hâta de s'accrocher à l'idée avant qu'elle ne lui apparût invraisemblable.
Le garage, à quelques rues de leur immeuble, était serré contre le mur d'un monastère détruit. L'endroit, à cette heure-là, était encore désert, les portes des autres garages closes. Il se redressa sur la pointe des pieds et, retenant son souffle comme pour attraper un papillon, tendit la main vers une petite niche sous la tôle ondulée du toit. Son père, distrait, y déposait souvent le double de la clef. Ses doigts tapotèrent fébrilement le fond de la cache et soudain touchèrent le métal.
Il rangea dans le coffre deux bidons d'essence, gardés en réserve, et avant de se mettre au volant regarda autour de lui. Sa pensée, vidée par la fatigue et la peur, s'éveilla: ce garage avec une ampoule terne au plafond, cette odeur de l'essence, ces objets que son père avait touchés – le dernier reflet de leur vie?
Des pas firent crisser le gravier. Alexeï se glissa derrière le volant, l'esprit de nouveau vide, le cœur suspendu, le corps prêt à exécuter le jeu de mouvements familiers et à propulser cette lourde voiture noire contre la porte entrouverte… Mais dehors les bruits s'enchaînèrent dans une suite sans danger: tintement d'un trousseau de clefs, grincement des gonds, départ.
