«Il faudra, ajouta l'oncle, que tu habitues ton nez moscovite à l'odeur du fumier. J'en mets autour du fenil, au cas où ils viendraient avec un chien…»

Deux jours plus tard, l'oncle lui annonça, un peu gêné: «Je sais que ça te fera mal mais… la voiture, il faut qu'on la noie. Je vais te montrer l'endroit d'où nous pourrons la pousser.»

Alexeï apprit rapidement à mouler son corps, ses mouvements dans le tronçon exigu entre les murs. Il réussit à suspendre à mi-geste sa vie secrète lorsqu'un jour, de l'autre côté des planches, résonna cette voix qui rabrouait l'oncle: «Il est pas loin, ton neveu, les gens l'ont vu. Tu as tout intérêt à nous aider avant qu'on le trouve nous-mêmes dans ton grenier…» L'oncle, très calme, répondait d'une voix sans timbre: «Ce neveu, je ne l'ai jamais vu de ma vie. Si vous le trouvez, ça sera pour moi l'occasion de faire sa connaissance…» Alexeï resta figé, une cuillère près de sa bouche, n'osant même pas chasser une mouche sur son front.

Il quittait son refuge au milieu de la nuit, se lavait, se changeait, se dégourdissait les jambes. La tranquillité des champs, le ciel, les étoiles embuées de chaleur, tout l'invitait à la confiance, à la joie de la vie. Tout mentait.

Il avait fini par étudier la moindre fissure entre les planches, savait quel champ de vision elles offraient. Celle-ci, au-dessus de la tablette, permettait d'observer une étroite partie de la route qui reliait le village au chef-lieu. Cette autre, à côté du bat-flanc, découpait une clôture en branches sèches.

Un jour, au pied de cette clôture, il observa un dormeur, un homme ivre, étendu comme terrassé d'un coup de fusil.



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