
Le bois de la planche lui piquait la joue avec ses échardes. Alexeï fixait l'ivrogne comme si ç'avait été une apparition miraculeuse. L'homme ne lui ressemblait pas du tout, au moins deux fois son aîné, roux, le nez épaté. Mais l'idée d'un vol d'identité, pour le moment invraisemblable, s'incrusta dans sa mémoire.
Un soir, par l'une de ces fentes entre les planches, il vit s'éloigner la carriole de son oncle: lui tenant les rênes, la tante assise au milieu des cageots de légumes qu'ils allaient vendre au marché du dimanche, au chef-lieu.
La nuit, le bruit des sabots perça à travers son sommeil. «Déjà de retour?» s'étonna-t-il, encore à moitié assoupi. Le martèlement devint plus lourd, rappela le tonnerre. L'épaule serrée contre les planches du mur, il sentit qu'elles vibraient. «Tous ces chevaux!» lui souffla son rêve rempli de troupeaux qui faisaient trembler la terre sous leur galop. Et aussitôt, démêlant la tromperie du sommeil, il sauta du bat-flanc, poussa la planche de l'issue secrète et, sortant dans la nuit, vit l'horizon en feu. Les vagues des bombardements résonnaient à présent plus distinctement, à une cadence devenue régulière. Très bas, en rasant les toits du village, passa un avion, puis un autre. Cela ressemblait à un numéro de haute voltige. Pourtant, la route se remplissait déjà de gens qui fuyaient. Alexeï se hâta de glisser dans son refuge. Son champ de vision, entre deux planches, happa une femme qui trébuchait en traînant derrière elle deux enfants ensommeillés, cette vieille qui fouettait une vache.
