
Puis, apercevant un carré de lumière incertaine dans l'une des annexes noyées entre les dunes de neige, je me suis remis à marcher, ou plutôt à me balancer comme sur des échasses, m'enfonçant jusqu'aux genoux, cherchant à mettre le pied dans les pas, presque effacés, qui avaient suivi la même direction. La porte, à côté de la petite fenêtre éclairée, était fermée. J'ai fait quelques pas vers les voies déjà invisibles sous la neige, espérant au moins un mirage – le projecteur d'une locomotive dans le fouillis blanc de la tempête. Seule consolation, en tournant le dos au vent, j'ai retrouvé la vue. C'est ainsi que, soudain, j'ai surpris cet homme. J'ai eu l'impression qu'il avait été éjecté de la petite annexe. La porte, bloquée par la neige, lui avait résisté et, pour sortir, il avait dû se jeter sur elle de tout son poids. Plusieurs fois peut-être. La porte avait fini par céder et il avait basculé dehors, dans la nuit, dans la tempête, le visage souffleté par les rafales, les yeux éblouis par les flocons, perdant tout sens de l'orientation. Désemparé, il lui a fallu un moment pour refermer cette porte dont le bas chassait une épaisse couche de neige. Durant ces quelques secondes où il poussait le battant, j'ai vu l'intérieur du petit local. Une sorte d'entrée, inondée par la lumière vive, couleur citron, de l'ampoule nue, et, derrière, une pièce. C'est encadrés par le chambranle que j'ai vu cet éclair de nudité très lourde, la blancheur massive du ventre, mais surtout ce geste rude d'une main qui empoignait un sein, puis un autre, ces énormes seins usés par les caresses brutales, et les fourrait dans le soutien-gorge… Mais déjà avec un criaillement de panique surgissait au seuil de l'entrée une femme emmitouflée dans une veste ouatée (la gardienne de cet entrepôt, me suis-je dit, qui le sous-loue pour ces amours ferroviaires) et la porte se refermait dans un battement rageur…