Ni Walter Breitmann ni personne parmi les serveurs et les employés de l’hôtel Dreesen ne sait que des camions chargés de S.S. s’apprêtent à quitter Berlin, que la nuit qui commence au bord du Rhin paisible et souverain sera celle des crimes et des exécutions. Le Chancelier tassé, fatigué, qui se repose de ses tournées d’inspection en Westphalie, paraît somnoler, rêver. Il peut pourtant d’un bout à l’autre de l’Allemagne, de Hambourg à Munich, de Brème à Breslau, de Berlin à Cologne, déchaîner la violence ou la retenir. Mais tout n’est-il pas déjà enclenché ?

Vendredi 29 juin 1934, Godesberg, vers 20 heures.

C’est le silence, le calme et la douceur rhénane ; seulement le bruit de conversations à voix basse entrecoupées de rires polis, le ronronnement régulier d’un moteur qui monte de la vallée et le pas de l’Oberleutnant Wilhelm Brückner qui revient.

LES SECTIONS D’ASSAUT

Le jeune Walter Breitmann regarde l’Oberleutnant traverser d’un pas lent et long la salle puis se diriger vers le Chancelier qui tourne la tête. Une conversation s’engage à voix basse et Brückner repart vers le téléphone de l’hôtel Dreesen. Le dîner a été servi. Le Chancelier mange peu comme à son habitude. À Brückner qui, une fois de plus, reparaît sur la terrasse il demande des nouvelles de Viktor Lutze qu’il a convoqué à Godesberg. Brückner pense qu’on a pu le joindre. Hitler se détend un peu : avec Lutze, il tient un fidèle de la Sturmabteilung. Cet Obergruppenführer est le chef du Gau de Hanovre. Il est donc l’un des dix hommes placés à la tête des circonscriptions de la S.A. qui contrôlent l’Allemagne. Homme quelconque, effacé, au visage de bon élève discipliné. Selon son chef Ernst Roehm, Viktor Lutze n’est qu’un « exécutant capable et consciencieux qui manque d’envergure ».

Brückner le confirme au Führer, Viktor Lutze sera là dès que possible, le temps de rouler de Hanovre à Godesberg, quelque trois cents kilomètres de route sans aucune difficulté.



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