
Il fait si beau, si chaud sur toute l’Europe en ce samedi 30 juin 1934 et ce dimanche 1er juillet A Nogent, c’est dans le miroitement du fleuve, les canoteurs et les grappes de danseurs, la foule de la grande foire joyeuse de l’été. Autour de Londres et dans ses parcs, l’herbe est drue et elle n’est pas humide : on y court pieds nus, on s’y allonge.
Sur les grèves des lacs berlinois, la foule est dense : femmes aux corps lourds, enfants blonds. L’oriflamme nazie flotte au mât des plages dans la brise tiède. À Berlin, ce samedi matin la radio annonce une température de 30°. Ce n’est que dans la soirée de samedi et surtout le dimanche que l’on apprend que des salves de peloton, des coups de revolver, ont sèchement claqué, décimant les rangs de la Sturmabteilung, l’armée des Sections d’Assaut.
Pourtant le dimanche 1er juillet, dans l’après-midi, Berlin est toujours calme : promeneurs, consommateurs dans les cafés sont aussi nombreux que les autres dimanches. Sur Unter den Linden, c’est l’aller et retour des couples renouvelés. Au Kranzler, le célèbre café, il est impossible de trouver une table : c’est un dimanche d’été. La bière blanche berlinoise, teintée de sirop de framboise, coule à flots.
Presque trop d’indifférence. Les journaux du soir annoncent discrètement quelques décès. Des camions chargés de Schutzstaffeln, les S.S. noirs, passent. Mais personne ne commente ou ne cherche à savoir. Le Führer Adolf Hitler donne une garden-party très élégante dans les jardins de la Chancellerie du Reich. Tout va bien.
Anxieux, aux aguets dans ce calme apparent, les journalistes et les diplomates étrangers cherchent à savoir, à comprendre. Les interrogations affluent venant de leurs rédactions et des ministères. Combien de morts ? Qui ? Pourquoi ? On demande si X ou Y, ancien chancelier, fait ou ne fait pas partie des victimes.
