L’émotion, la surprise, l’indignation s’expriment ouvertement André François-Poncet l’ambassadeur de France, a dîné, il y a peu avec le capitaine Roehm, chef d’État-major des S.A., mais François-Poncet est en vacances à Paris et il ne peut donner au ministère des Affaires étrangères que son impression sur ce Munichois de 57 ans qui est entré au Parti en même temps que Hitler et a aidé le futur chancelier dans ses premiers pas politiques.

« Je n’avais aucune idée des manoeuvres de Roehm, raconte François-Poncet. Je ne me doutais pas de l’acuité qu’avait revêtue son conflit avec Hitler. J’avais toujours éprouvé à son égard une extrême répugnance et l’avais évité autant que j’avais pu, malgré le rôle éminent qu’il jouait dans le IIIeme Reich. Le chef du protocole, von Bassewitz, me l’avait reproché et, sur ses instances, je n’avais pas refusé de le rencontrer à une soirée. L’entrevue avait été peu cordiale et l’entretien sans intérêt{1} ». Mais Roehm a été abattu.

On murmure aussi des noms de généraux, l’un qui fut chancelier, des noms de hauts fonctionnaires, et parfois à ces personnalités se mêle le nom d’un inconnu, d’un juif dont on a retrouvé le corps, d’un aubergiste, puis c’est à nouveau le nom de l’un des fondateurs du parti, Gregor Strasser lui-même. Tous abattus sans explication par des équipes de tueurs sans passion, méthodiques et glacés. Abattus devant leurs portes, devant témoin, et parfois l’épouse a payé de sa vie un mouvement trop brusque. Les cadavres sont restés là, dans une entrée, un bureau de ministère, sur le bord d’une route, dans un bois ou à demi enfoncés dans l’eau d’un marécage. Quelques heures plus tard, la police est arrivée, les corps ont été emportés ou bien plusieurs jours après on les a découverts par hasard. On a tué à Munich, à Berlin, en Silésie. Des pelotons d’exécution ont fonctionné dans les cours des casernes. Quelques dizaines ou quelques centaines de victimes ? Des hommes sont morts en criant Heil Hitler, d’autres en maudissant le Führer.



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