À côté de la végétation fongoïde, poussaient quelques légumes issus des espèces instables laissées par le Ludred. Il y avait en particulier d’énormes choux, aux feuilles grandes comme des voiles de bateaux. De lourdes larves et des chenilles velues y vivaient jusqu’à leur maturité, puis s’y accrochaient en robustes cocons pour dormir du sommeil de la métamorphose.

Les plus petits papillons terrestres avaient grossi au point que l’envergure de leurs ailes atteignait plusieurs dizaines de centimètres. Les papillons-empereurs déployaient des ailes pourpres dont l’envergure atteignait plusieurs mètres. Près de ces énormes phalènes, Burl avait l’air d’un nain.

Cependant, le tissu éclatant qui enveloppait le jeune homme provenait d’une de ces ailes. Même géants, papillons et phalènes étaient inoffensifs pour les hommes. Les compagnons de Burl trouvaient parfois un cocon sur le point de s’ouvrir. Ils attendaient craintivement que la créature enfermée dans la coque sorte de son sommeil et apparaisse au jour. Alors, avant que l’insecte n’ait pris des forces et que ses ailes ne se soient affermies, les hommes se jetaient sur lui. Ils arrachaient les ailes délicates et les pattes encore molles. Et, tandis que le papillon gisait, impuissant, devant eux, ils s’enfuyaient pour se régaler de sa chair juteuse.

Les hommes n’osaient pas s’attarder, bien sûr. Ils abandonnaient aussitôt leur proie réduite à l’impuissance, et qui fixait curieusement l’univers autour d’elle de ses yeux aux nombreuses facettes. Puis les nécrophages arrivaient à la curée. Si rien de plus meurtrier n’apparaissait, c’étaient les fourmis qui venaient à coup sûr. Certaines d’entre elles n’avaient que quelques centimètres de long. Mais d’autres étaient de la taille d’un chien. Toutes devaient être évitées par les hommes. Elles emportaient triomphalement la carcasse du papillon dans leurs cités souterraines.



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